Commission AGRI

Agriculture: Pourquoi les citoyens perdent confiance ?

Notre réponse en commission

| Publié le
pesticides et confiance

Le 4 avril dernier, Vigilance OGM était invité à témoigner par le comité permanent de l’agriculture et de l’agroalimentaire au sujet de la Perception et confiance du public à l’égard du secteur agricole canadien. Voici ce que notre coordinateur avait à dire à l’ensemble du comité formé de 10 députés fédéraux. En résumé, le ''greenwashing '' de l'industrie ne fonctionne plus. Les citoyens et citoyennes du Canada ont besoin de transparence, que ce soit pour les consommateurs via l'étiquetage OGM mais aussi dans la science réglementaire. De plus, il faut soutenir davantage les agriculteurs face aux multinationales en position de quasi-monopole et arrêter de financer les lobbyistes avec l'argent publique. Vous pouvez aussi l’écouter en ligne (début à 11h 14 min 40 s).

 

Présentation au Comité permanent de l'agriculture et de l'agroalimentaire
Audience sur Perception et confiance du public 
à l’égard du secteur agricole canadien
Thibault Rehn, coordinateur de Vigilance OGM

 

Premièrement, je vous remercie de m'avoir invité à comparaître devant vous aujourd'hui.  Je parle au nom de Vigilance OGM, qui forme un réseau regroupant des associations et des individus de divers horizons : agriculteurs, environnementalistes, consommateurs et citoyens. 

 

Une chose que nous souhaitons mettre au clair d’entrée est que la confiance du public n'est pas un exercice de relations publiques.  Depuis trop longtemps l’industrie essaie « d’éduquer » à sa façon les agriculteurs et les consommateurs à l’aide d’une communication « agressive et non-éthique » comme le soulignait la rapporteuse spéciale de l’ONU, Mme Helver, dans son dernier rapport (1). Selon, Mme Helver, cette communication « agressive et non-éthique » aurait aussi une influence sur vous, Mesdames et messieurs les députés et vos décisions politiques.

 

Les citoyens n'ont pas besoin d'une meilleure éducation, les citoyens ont besoin d'une meilleure agriculture et donc d'une meilleure alimentation pour eux et leurs familles

 

Pour conserver la pleine confiance des citoyens que vous représentez, vous devez rehausser la transparence du système réglementaire. 

 

1er point-Transparence pour les consommateurs

 

Le Canada et les États-Unis sont les deux derniers pays, dits industrialisés, qui n’ont pas encore mis en place l’étiquetage obligatoire des OGM, contrairement à plus d’une soixantaine de pays dans le monde. Depuis plus de 20 ans, à travers des dizaines de sondages, entre 70 % et 90 % des citoyens et citoyennes du Canada ont demandé l’étiquetage obligatoire des OGM. 

 

Cependant, le 17 mai 2017, lors du vote du projet de loi C-291, 76 % des députés se sont prononcés contre la mise en place d’un étiquetage obligatoire des OGM. Dans ce comité, une seule personne a voté en faveur de ce projet de loi, c’est donc la seule à avoir écouté ses électeurs. Comment expliquer cette différence? Comment est-ce qu'en démocratie, vous, les députés, justifiez que vous allez à l’encontre des personnes qui vous ont élus ? 

 

Il est urgent que le Canada mette en place l’étiquetage obligatoire des OGM, particulièrement depuis que notre pays est devenu le premier et le seul endroit dans le monde où des citoyens ont consommé un animal génétiquement modifié (GM), du saumon GM.

 

2eme point-Une science indépendante et transparente

 

Actuellement, Santé Canada, via ces agences, autorise les OGM et les pesticides en se basant presque exclusivement sur des études de l’industrie qui ne sont ni accessibles au public, ni aux scientifiques indépendants. Classées comme « renseignement commercial confidentiel », ces informations ne sont pas divulguées.


 
Dans ce contexte, le gouvernement ne peut pas annoncer que son système de réglementation des OGM et des pesticides est basé sur la science si celle-ci n’est pas transparente et revue par des pairs.

 

Ce manque de transparence nuit à la confiance du public envers notre système agroalimentaire et législatif. Le législateur doit prioriser la science et faire passer l’intérêt des citoyens avant celui d’une poignée de multinationales. Sans un système de réglementation transparent, la confiance des citoyens est perdue d’avance.

 

Il est de votre devoir de députés de s’assurer que ce processus devienne plus transparent et non pas moins comme semble vouloir l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA).

 

3eme point- Ne laissez pas tomber les agriculteurs

 

En mai 2018, le Bureau de la concurrence du Canada a autorisé la fusion entre Bayer et Monsanto. Cette fusion signifie que quatre multinationales contrôlent dorénavant la majorité du marché des semences et des pesticides mondiaux. Ce regroupement d'entreprises, quasi monopolistique, nuit à l’autonomie des agriculteurs et à leurs finances. L’effet des monopoles est bien documenté : moins de choix et augmentation des prix. C’est d’ailleurs ce que l’on constate depuis plusieurs années au Canada pour le choix des semences et le prix des entrants dans le domaine agricole. 

 

Il est important que le gouvernement réinvestisse massivement dans la recherche et développement indépendants dans le domaine agronomique pour le plus grand bénéfice des agriculteurs à travers le Canada. Nous vous invitons aussi à les consulter lors de la mise en marché de nouveaux OGM. En effet, malgré l’opposition de nombreux groupes d’agriculteurs à travers le Canada à la luzerne GM, dont l’Union des producteurs agricoles (UPA) au Québec, votre gouvernement l’a finalement autorisée en 2017.

 

4eme point- Ne financez pas les lobbyistes

 

La semaine dernière, un article du National Observer (2), nous informait que la série documentaire « Real Farm Lives » était en fait une campagne de relations publiques de la part des vendeurs de pesticides. Sous couvert de neutralité, cette série était en fait soigneusement élaborée par une agence internationale de marketing et de relations publiques pour les fabricants canadiens de produits agrochimiques.

 

L’industrie multiplie ce genre d’initiative depuis plusieurs années car elle n’arrive plus à faire passer ses messages trompeurs aux citoyens. L’une des campagnes de marketing et de relations publiques les plus connues est le Centre canadien pour l’intégrité des aliments (CCIA) (3). Sur la page d’accueil de son site, on peut y lire : Le CCIA aide le système agroalimentaire à poser les bons gestes pour nourrir la confiance du public, en proposant des recherches, des ressources, des formations et des pistes de dialogue. 

 

Cependant, quand on y regarde de plus près, ce centre de l’intégrité est financé en grande partie par les producteurs et vendeurs de pesticides: Monsanto, Syngenta et Dow Chemical, pour ne citer qu’eux. En 2017, le CCIA a reçu 90 000 $ d’argent gouvernemental et l’Agence du revenu du Canada lui a octroyé un numéro de charité. Est-ce une œuvre de bienfaisance de vouloir vendre un maximum de pesticides? Nous trouvons cela scandaleux.

 

Est- ce que le gouvernement financerait des compagnies de tabac pour nous faire croire que fumer n'est pas dangereux ? Alors, pourquoi finance-t-il les fabricants de pesticides qui essaient de nous faire croire que manger quotidiennement des résidus de dizaines de pesticides n’est pas dangereux?

 

En conclusion, la solution à cette crise de confiance envers notre système agroalimentaire est simple : la transparence. Elle demande cependant une grande volonté politique pour faire face aux lobbyistes de l’agrochimie. Cette volonté semble échapper au gouvernement canadien depuis trop d’années. Il n’appartient qu’à vous de changer de cap. 

 

Le système agroalimentaire canadien n’aura jamais la confiance des citoyens si vous n’imposez pas une transparence dans la réglementation, la traçabilité et la recherche pour le bien public et des agriculteurs de ce pays.

 

Je vous remercie de votre attention et je suis prêt à répondre à vos questions. 

(1)    Rapport de la Rapporteuse spéciale sur le droit à l’alimentation , 24 janvier 2017, Conseil des droits de l’homme, A/HRC/34/48.
(2)    https://www.nationalobserver.com/2019/03/27/news/family-farm-documentary-was-part-pesticide-lobbys-campaign-change-how-you-think
(3)    https://www.foodintegrity.ca/fr/